martine  -  diaporama extrait vidéo  

 



DAS PLATEAU
Jacques Albert / Céleste Germe / Maëlys Ricordeau / Jacob Stambach

et
Cécile Fišera
Lisa Léonardi
Hugo Roger

Théâtre performance / vidéo / musique – 4 comédiens / 1 musicien / durée estimée : 1 h 15.

  création le 10 octobre 2008 à Mains d'Œuvres


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Martine est une femme.
Martine est une femme un peu seule.
Martine est une femme qui s'ennuie.
Martine s'occupe. Elle tue le temps. Elle reste des jours entiers à sa fenêtre, et elle regarde. En haut, en bas, d’un côté puis de l’autre. Elle recommence.
Martine se met en scène. Elle se raconte des histoires, drôles parfois. Elle rit alors. Un peu.
Elle laisse échapper un rire un peu nerveux.
Il lui arrive aussi de manger un biscuit.
Martine prend son temps pour manger  son biscuit. Ou, parfois, peut-être plus rarement, une pomme.
Martine se donne une contenance. Elle ne fume pas, elle se mouche. Avant de se moucher, elle tourne son mouchoir dans ses mains. Elle le fait glisser entre ses doigts pour sentir l’agréable sensation du tissu doux sur sa peau.

Martine se couche quotidiennement à 11h du soir.




La vidéo et le plateau : intimités

 

L'image filmée de cette femme a quelque chose d’hypnotique. C’est un long plan séquence, une temporalité réelle, 3/4 d’heure de la vie de Martine.

A regarder l’image, on ne peut pas savoir si c'est une femme en train de vivre ou en train de jouer, selon un canevas d'actions extrêmement précis.

Mais il importe peu de savoir si Martine est bien réelle. Ce que la vidéo interroge est le rythme, la structure et la texture de la gestuelle quotidienne. Ce que cette image donne à voir est l'Action. Une action minuscule et banale. Une action portée à son plus faible degré d’existence, mais une action qui, dans son hyper-petitesse, trouve une puissance insoupçonnée. A travers l’image vidéo, la mise au point se fait, l’action devient plus nette, sa structure se trouve révélée.

Si la vidéo offre la possibilité du gros plan, elle permet de capter l'individu, sa gestuelle intime, la gestuelle d’une femme dans son absolue quotidienneté. A l'inverse, que reste-t-il de l’intimité sur un plateau de théâtre ? Hors de tout filtre qu'est-ce qui transpire ? Face à l'intimité de l'individu capté, à quelle sorte d'intimité la scène donne-t-elle accès ? Il y a dans Martine et dans le travail de DAS PLATEAU, la volonté de mettre en jeu le corps, sa dimension charnelle, son inscription spatiale, temporelle.

Ici quand la vidéo donne à voir l'individu, elle émet l'hypothèse d'un passé, d'un futur ; c'est dans son histoire qu'elle l'expose.

Ici, quand le comédien "réalise" le spectacle, l'effort du jeu autant que le jeu devient visible.

Peut-être est-ce cela qui transpire : l'intimité du comédien dans la création.

Il s'agit de confronter la puissance de l'image empruntée directement au réel à la puissance de la réalité de la représentation.

 

Une textualité scénique

 

Le spectacle Martine ne met pas en scène une œuvre dramatique ou littéraire. En recherchant un langage scénique qui ne soit pas purement textuel, nous nous sommes éloignés de l'écrit. Non pas forcément du verbe, mais de l'écrit. Ainsi, le processus est inversé. Au lieu de choisir un texte existant, en amont des répétitions, le texte s’est constitué peu à peu, à partir d'elles, à partir de la nécessité – ou non – de la présence d'une parole sur scène. Dans Martine, ce processus a permis à toute sorte de texte de cohabiter sur la scène : du texte extrait du réel au texte poétique, du texte narratif au texte dramatique.

Car si les mots des auteurs sont absents de la scène, les textes sont assimilés, comme fondus et régurgités sur le plateau en une matière nouvelle, proprement théâtrale. Il ne s'agit donc pas d'un processus d'amputation, mais d'un processus d'absorption, non pas d'une trahison, mais d'une plongée dans leurs profondeurs sensibles et organiques.

 

Sources

 

Martine est né d'une accumulation. Ces sources sont à la fois variées, nombreuses et hasardeuses.

De cette manière tout a pu devenir matière théâtrale, aussi bien un écrit – littéraire, mythologique, sociologique, philosophique, scientifique, politique, journalistique… – qu'une émission de télé, un interview radiophonique, un blog sur internet, une exposition, une expérience intime…

Mais ces origines sont indirectes, lointaines, de l'ordre de la réminiscence ou du souvenir. Martine est né de tous ces rushs, de tous ces éléments captés. Est ensuite venu le temps du "dérushage".

Nous avons alors cherché à identifier, à nommer, les situations particulièrement questionnantes.

Nous avons cherché à en extraire les récurrences, à en arracher la substantifique moelle. Là, des thématiques se sont dévoilées, des sujets sont apparus, des problématiques se sont construites.

 

Martine travaille sur la quotidienneté

Martine travaille sur l’intimité

Martine travaille sur l’actualité, le flash info

Martine travaille sur le monde qui pénètre l’intimité

Martine travaille sur le cauchemar

Martine essaie de raconter une histoire.

 

Martine travaille sur la frustration

Martine travaille sur le geste empêché, sur le cri qu'on étouffe,

Martine travaille sur le ventre stérile, les yeux plus gros que le ventre

Martine travaille sur une pulsion inassouvie, sur l'exaspération, sur le manque imaginaire

Martine travaille sur le manque.

 

Composition et structure

 

Nous envisageons le plateau comme une plate-forme pour une création complexe et dense de l'espace. Intervient ici la question de la simultanéité et de la co-présence sur la scène de strates contigües. Vidéos projetées, et "plateau joué", réalisation parallèle d'actions anodines, quotidiennes ou extraordinaire…

Notre recherche consiste à mettre en rapport différentes actions entre elles qui, chacune envisagée indépendamment, ne "raconte rien", mais qui, mises en corrélations, font sens.

Dans Replay, Christian Marclay travaille sur cette idée de coller, d'associer des images aux sources multiples qui, "samplées" et montées, créent une œuvre nouvelle.

De la même manière dans Martine, les logiques développées ne sont pas seulement celles de la signification, mais tout autant celles de l'action d'une part et de l'organisation spatiale d'autre part. Ces dynamiques spatiales et actionnelles constituées par collages et par samples, composent le tissu du spectacle, en est un élément de structure.

Mais dans Martine, ce travail de patchwork s'accompagne d’éléments de répétitions, de scansions, qui eux-mêmes forment un système autonome, une ligne transversale, un beat continu qui se superpose au tissu initial.

 

Transdisciplinarité

 

Martine est né d'une accumulation. Performance, musique, danse, architecture… sont potentiellement matières de théâtre. Mais si chacune de ces disciplines sont envisagées pour leur essence propre, nous les considérons sans rapport de hiérarchie aucun. Faire se rencontrer, exister ensemble sur la scène différentes pratiques artistiques, est pour nous un enjeu, une manière de multiplier les modes de langage et par là même les modes de perception : de la beauté du sens rationnel à la puissance de l'expression des corps, de la matière, du son.

Dans Martine la lumière devient un gouffre, une matière. L'intensité qu'elle atteint graduellement interrompt le déroulement de la trame qui file, la frustre. En cela elle devient aussi active que le geste d'un comédien ou la projection vidéo. Elle gagne sa propre corporéité.

La musique est en partie improvisée en direct sur des machines. Loin de toute illustration sonore, son impact est physique. Très abstraite, elle travaille sur les fréquences d'ondulation du son et leurs propagations dans l'espace. Elle s’impose comme un élément de structure primordial. Elle ouvre ainsi un nouvel espace sensible, et ajoute une autre couche au système global.


Narration

 

Ce travail de collage, de couture, de patchwork va dans le sens d’un déconstruction du sens rationnel et dialectique au profit de l’émergence de perceptions aux significations multiples et associatives.

Mais Martine tente aussi de raconter une histoire.

Une histoire linéaire. Une histoire qui travaille par poussées successives, qui cherche à se constituer, mais n’y parvient qu’épisodiquement, comme envahie, détournée, déviée par le magma hasardeux et obscur qui l’entoure. Ce magma qui, peut-être, aussi, constitue le terreau, la matière première de cette histoire. Ce magma dans lequel l’ordre logique échappe. Comme dans un cauchemar dans lequel une vision en appelle une autre. On ne sait pas bien pourquoi. On le sent, mais on ne sait pas. Trois jeunes filles, un jeune homme. Et leur quotidienneté dans notre monde.

Mais que recèle le banal, quelle est son épaisseur, sa texture, son étrangeté ? Martine est là, tout en image, elle les observe.