DOSSIER IMAGES VIDÉOS
 

(c) Lucie Jean
SYNOPSIS
 

Entre pensées magiques et mythes urbains, les chaines de lettre, qui, se répandant comme des trainées de poudre envahissent nos boites e-mail, témoignent d'une figure singulière des superstitions contemporaines.
Injonctions, culpabilisation, elles proposent à ceux qui la reçoivent de faire un geste simple, qui permettrait de rétablir un ordre à ce qui n'en a plus. Rendre justice. Guérir un enfant malade, gagner l'argent qui nous manque. La roue tourne... et puis, sait-on jamais !
En faisant miroiter à ses lecteurs la possibilité de maîtriser le hasard, elles dessinent en fait "un monde-loterie plein de générosités et de ressentiments obscurs et imprévisibles comme les arrêts d'une divinité. Ce monde est aussi celui du Loto et des accidents de la route, l'espace d'une nouvelle impuissance et de nouveaux espoirs." *
La peur qu'elles distillent est alors autant liée à l'évocation quasi-systématique de notre propre mort (ce qui nous arrivera si l'on rompt la chaine), qu'à la certitude insidieuse que nous n'y pouvons rien, et que nous sommes étrangers à ce qui régit notre monde.

"La chaine joue de façon subtile sur la nécessité et le hasard, l'incertitude du lendemain et la certitude de la mort, la maîtrise et l'impuissance. Elle se présente comme une étroite conquête sur les hasard du monde : influence bénéfique sur des processus largement aléatoires et moyen plus sûr d'éviter le pire."

La mort, la solitude, la maladie... Les chaines jouent exclusivement sur les angoisses d'un malheur individuel, qui peut atteindre chacun de nous, à tout moment.
Le cri de Jean est une performance sonore et théâtrale qui cherche à faire émerger la violence d'un monde où menaces et promesses de rétributions côtoient "charité chrétienne" et bons sentiments. La violence d'un monde qui cache ses véritables monstres, pour ne désigner que ceux qui se combattent en renvoyant un mail. La violence d'un monde qui détourne le regard, la responsabilité et l'engagement de chacun vers des préoccupations purement individuelles. Laissant tout autre engagement aux mains de puissances intouchables. "La politique ? Tous des pourris. Le CAC 40 ? Je n'y comprends rien".

"Même si, dans les chaines, la référence religieuse n'est plus identifiée comme telle, elle fournit encore les présupposés métaphysiques de la vision d'un monde enchanté.
Je n'imagine donc pas de superstitions dans un monde dépourvu de tout antécédent religieux. Mais j'admets très bien un monde devenu superstitieux à défaut d'être explicitement religieux".

Déresponsabilisation des individus. Aussi insignifiantes qu'elles puissent paraître, les chaines de lettres s'accordent parfaitement au libéralisme. Elles en sont symboliques et perpétuent ses mécanismes. Elles sont d'ailleurs extrêmement répandues.
En faire matière théâtrale, c'est chercher à interroger la manière dont jour après jour, les individus sont dépossédés de leurs capcités à s'interroger sur le monde, à le mettre en branle, à le bouleverser.
En faire matière théâtrale, c'est tenter de restituer la violence de cette dépossession, désigner la manière dont nous-mêmes nous transmettons la conviction que nous sommes des êtres impuissants, incapables d'oeuvrer à la chose commune, incapable de modifier le monde qui nous entoure.
Qu'entendions-nous ce matin à la radio ? Ah oui, la crise, c'est ça... C'est terrible la crise, mais finalement, la crise, personne n'y peut rien...

* Toutes les citations de ce texte sont issues de l'article de Jean-Pierre Albert "La Chaine et la chance", Archives de Sciences sociales des religions, 1994, n°86, pp. 235- 262.

 
REPRÉSENTATIONS
 

Avril 2008 |  Festival 360 - Mains d'Oeuvres

Juin 2008 |  La Loge - Paris

Juin 2009 | Fête de la revue Mouvement - Mains d'Oeuvres

 
ÉQUIPE
 

CONCEPTION ET RÉALISATION : DAS PLATEAU
JACQUES ALBERT / CÉLESTE GERME / MAËLYS RICORDEAU / JACOB STAMBACH

Mise en scène : Céleste Germe

Composition musicale et sonore : Jacob Stambach

Avec : Jacques Albert, Cécile Fišera, Maëlys Ricordeau

Théâtre performance / musique - 20 min.
 
PRODUCTION
 
Das Plateau en coproduction avec le Festival 360 et le soutien de Mains d'Oeuvres